Le nombre de dossiers de location falsifiés a bondi de 40 % en un an. Faux bulletins de salaire, contrats de travail inventés, attestation d’employeur trafiquée… La fraude se généralise, portée par la tension du marché locatif et la facilité des outils numériques. François Moerlen, fondateur de Locagestion, alerte sur un phénomène devenu systémique.
François Moerlen : Les statistiques nationales font état d’une hausse de 40 % de dossiers de location falsifiés en 1 an. C’est exactement la tendance que nous observons chez Locagestion : 10 % des dossiers de location présentés contiennent de faux documents contre 6% auparavant. Il reste cependant difficile de mesurer précisément l’évolution de la fraude puisque les moyens de contrôle se sont nettement renforcés ces dernières années. La digitalisation du secteur depuis le Covid a produit de nombreuses solutions numériques qui permettent aux professionnels de l’immobilier de repérer les faux documents et d’être plus vigilants.
François Moerlen : Le marché locatif est extrêmement tendu, surtout dans les grandes villes. Face à la pénurie de logements disponibles et à la difficulté d’accéder au logement social, de nombreux candidats se retrouvent en concurrence avec des profils très solides. Certains n’hésitent donc pas à falsifier leurs documents, notamment leurs fiches de paie, pour atteindre le seuil de solvabilité requis, généralement trois fois le montant du loyer. C’est une manière, pour eux, d’espérer rester dans la course.
François Moerlen : Oui, clairement. On assiste à une professionnalisation du processus de constitution de faux dossiers, et la tendance, au vu de la conjoncture, n’est pas prêt de s’inverser. Il est très facile aujourd’hui, avec les moyens numériques, de trafiquer des documents, ne serait-ce que changer un 2 en un 3 dans un bulletin de salaire. Certaines entreprises fantômes se sont même spécialisées dans la fourniture de faux documents (fiche paie, contrat de travail, attestation d’employeurs…).
C’est une tendance qui concerne tout le monde, salariés comme non-salariés, et qui touche aujourd’hui tous les profils. On peut presque parler de fraude massive.
Autrefois, quelques dossiers frauduleux passaient entre les mailles du filet. Il était plus difficile de les repérer. Aujourd’hui, les outils de contrôle permettent, par exemple, d’identifier rapidement les employeurs fictifs.
François Moerlen : Les bulletins de salaire sont les plus falsifiés. En les examinant attentivement, on peut repérer des incohérences, notamment entre les montants perçus et les prélèvements sociaux. D’autres documents comme les contrats de travail ou les avis d’imposition sont aussi régulièrement falsifiés. Heureusement, certains outils permettent désormais de vérifier leur authenticité, comme les QR codes présents sur les avis d’imposition, ou les bases de données qui permettent de croiser les informations. Nous contactons aussi les employeurs pour confirmer les pièces lorsque le doute est permis.
François Moerlen : Oui, indéniablement. Le professionnel de l’immobilier doit désormais faire preuve d’une rigueur quasi policière. Il doit porter une attention particulière que chaque dossier. Chez Locagestion, nous avons développé nos propres outils pour authentifier les documents, et nous collaborons avec les plateformes des assureurs en loyers impayés (GLI), ou avec Visale lorsqu’il n’y a pas d’assurance. L’objectif est clair : éviter les impayés en écartant les dossiers qui ne sont pas réellement solvables. Car un dossier frauduleux est bien souvent un dossier à risque.
François Moerlen : Chez Locagestion, nous gérons 10 000 logements sur toute la France et nous n’observons pas de hausse d’impayés de loyers. Nos procédures nous permettent d’écarter rapidement les dossiers suspects. Nous demandons systématiquement l’authentification des dossiers de location auprès des plateformes de GLI ou des garanties Visale lorsqu’il n’y a pas de GLI. En revanche, le marché de la location entre particuliers présente davantage de risques d’impayés, car propriétaires privés n’ont pas toujours accès à ces outils de vérification. Ce qui est certain, c’est qu’ y a une vraie nécessité de modifier les pratiques professionnelles pour face à ce phénomène et limiter l’exposition au risque d’impayés.
François Moerlen : La région parisienne arrive largement en tête. À Paris, le niveau de loyer élevé pousse les candidats à falsifier leurs revenus. En en petite et grande couronne, les agents immobiliers sont plutôt confrontés à la présentation de dossiers comportant de fausses attestations d’hébergement, de fausses quittances de loyer ou encore de faux co ntrat de travail. On observe les mêmes tendances dans les Bouches-du-Rhône, les Alpes Maritimes et les départements frontaliers dela Suisse où les loyers sont également très élevés.